Overview
La mafia: en plein vingti?me si?cle, cette ?pine d'un autre ?ge reste plant?e dans la chair d'une Italie moderne, vigoureuse et prosp?re. ? Palerme on tue (un mort tous les douze jours), on s?questre, on fait voler en ?clats magasins et chantiers - et, pour comble, nul ne semble s'offusquer de ces abus. ? Rome, on les met sur le compte du sang un peu chaud des insulaires. Dans l'?le m?me, la police, la justice, l'administration se croisent les bras, impuissantes. Il est admis, comme une chose naturelle, que nul ne peut mener pa?tre ses brebis, vendre sa r?colte d'oranges ou construire un immeuble sans satisfaire aux exigences de " l'honorable soci?t? ".Alors quoi ? Dominique Fernandez, qui avait montr? dans M?re M?diterran?e quelle lucide passion il vouait ? l'Italie du Sud, est retourn? ? Palerme, cette fois dans un dessein bien pr?cis. Invit? par la T?l?vision suisse ? ?crire le texte d'un reportage sur la mafia - premier reportage qu'aucune T?l?vision ait jamais os? diffuser - il a profit? de l'occasion pour tirer au clair cette t?n?breuse affaire. Il a interrog? des responsables syndicaux, des avocats; ici un pharmacien, l? un po?te; il a ?cout? sur les places publiques chanter les rhapsodes populaires; discut? avec des commissaires de police non moins qu'avec des journalistes; et puis, il s'est promen? inlassablement, dans les rues, dans la campagne, dans les abattoirs, dans les halles, dans les cimeti?res, dans les vergers d'agrumes, dans les chantiers de construction, partout o? la mafia s'est charg?e de crimes.Ce n'est pas tout. Si les explications par l'?conomie (zone sous-d?velopp?e dans la phase pr?-capitaliste), par l'histoire (cent ans apr?s la proclamation de l'Unit?, la Sicile n'a pas le sentiment d'appartenir ? l'Italie) et par la politique (la mafia fournit aux d?put?s de la majorit? le plus gros de leurs voix) doivent ?tre retenues, il n'a pas sembl? ? Fernandez qu'elles ?taient suffisantes. En regardant, par exemple, ce qui se passait sur une plage un jour d'?t?, en observant les gar?ons, les filles, les m?res, les jeux et les soupirs d'une famille inconnue, il a cru comprendre, bien que la mafia n'e-t rien ? voir dans ce tableau, que la vie quotidienne en Sicile, la forme des rapports humains, les modes de sentir et d'?tre, conduisaient aussi ? la mafia. Bref, pour rendre compte des ?v?nements de Palerme, Fernandez les a pass?s au crible de la psychanalyse non moins qu'il ne les a soumis ? l'?preuve du mat?rialisme historique.Encore ces mots font-ils trop savant. Il s'agit d'abord d'un voyage, d'une fl?nerie libre dans le dernier pays fascinant, absurde et loufoque d'une Europe tristement unifi?e. Apr?s tout, la mafia n'est peut-?tre pas si ?trang?re au g?nie italien qu'on le croit: si m?me elle n'?tait que l'expression fourvoy?e de ce g?nie ? Mais au lecteur de juger, pi?ces en main: l'?nigme n'a pas fini de soulever les controverses.